"Vous m’incitez à parler, à participer ? L’idée n’est pas mauvaise, mais ce n’est pas l’idée qui me convaincra, c’est votre voix, votre ton. On n’invite pas quelqu’un à parler comme on l’invite à s’asseoir, en lui désignant de la main une chaise. Ce besoin que vous avez de ma parole, je ne peux le croire vrai si je ne le sens pas tapi dans votre voix, si je ne le sens pas tout mêlé au besoin qu’elle me donne de votre parole à vous. En quoi me donnez-vous envie de vous parler ? Imagineriez-vous, par cette proposition dérisoire, me faire un grand cadeau ? À moins que l’aplomb et le culot que vous procure votre réussite ne vous donnent l’illusion de parler d’un lieu qui domine la parole. Méprise. Quand vous serez revenu de votre ironie, de votre cynisme, vous comprendrez que rien ne domine la parole, que rien ne la surplombe, que tout est au-dessous d’elle, et vous et moi. Vous êtes trop certain de ce que vous cherchez. Vous êtes trop incertain de ce que vous êtes. Je ne vous crois pas."
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